De la gouvernance de la complémentarité humain – robotique – IA

De la gouvernance de la complémentarité humain – robotique – IA

Face à un marché mondial de la robotique et des technologies de l’intelligence artificielle (IA) en forte croissance, et à la transformation en profondeur de l’organisation du travail, le nouvel enjeu est celui de la gouvernance de la complémentarité humain – robotique – IA. 

Le marché mondial de la robotique en 2017 et ses évolutions à 5 ans.

Selon les estimations des différentes études disponibles, le marché de la robotique et de l’intelligence artificielle pourrait atteindre 153 milliards de dollars en 2020, dont 83 milliards pour les robots et 70 pour les produits à base d’intelligence artificielle.

Ce marché n’est pas comparable au marché mondial du véhicule automobile qui est estimé à 1000 milliards de milliards.

Les différents marchés de la robotique

Le marché mondial des services en robotique industrielle :

Selon le cabinet d’analyses britannique Technavio, le marché mondial des services en robotique industrielle, devrait connaître un taux de croissance annuel moyen (CAGR) de plus de 9 % sur la période 2017 à 2021. Cette tendance s’expliquerait par « une forte demande en prestations personnalisées comprenant la conception, la simulation, la mise en service et le support d’équipements de robotisation ».

Les grands déterminants des marchés de la robotique

Robotique déterminants dumarché

Déterminants du marché de la robotique

Les secteurs à fort potentiel de développement en France

Selon l’avis de Xerfi-Precepta, la robotique industrielle française se porte plutôt bien. Près de 3300 robots multifonctions ont été vendus en 2016 (+8,4%), plaçant ainsi le marché hexagonal au pied du podium européen.

Un dynamisme porté par des politiques publiques volontaristes, multipliant les dispositifs d’aides à l’achat.

Mais selon l’avis de Xerfi-Precepta, le volume des livraisons se réduira à court terme avec la fin du dispositif de « suramortissement Macron ». La fin de ce dispositif est partiellement effective depuis le 14 avril 2017. Introduit en 2015 dans le cadre de la loi dite « Macron », le dispositif fiscal d’amortissement supplémentaire sur les investissements industriels s’est partiellement arrêté le 14 avril 2017. Une décision que le Symop, organisation professionnelle des créateurs de solutions industrielles qui a contribué à l’élaboration de cette mesure, déplore.

Selon l’étude Xerfi-Precepta, le chiffre d’affaires des « entreprises spécialisées dans la robotique industrielle présentes commercialement ou industriellement en France devrait reculer de 3% en 2017, avant de se redresser légèrement en 2018 et 2019 pour se stabiliser autour de 3200 unités ».

Le marché de la robotique est structuré en 8 secteurs clés :

  • Robots industriels : cobotique, intégration au sein d’usine du futur, cybersécurité,
  • Robots logistiques : robots picking pour le e-commerce, robots inventaires,
  • Robots agricoles : en remplacement de certains matériels agricoles,
  • Robots de santé : certification, achats par les établissements de santé,
  • Robots ménagers : facilité d’usage,
  • Robots jouets : importante valeur émotive,
  • Robots compagnons : développement en open source,  développement de nouveaux usages,
  • Robots militaires : UAS, RPAS, UGV.

La montée en puissance de la robotique dans les services domestiques et professionnels avec le développement des applications

Les robots ne cessent de conquérir de nouveaux domaines d’application, tant en robotique de service personnelle ou domestique qu’en robotique professionnelle de service. Certains domaines d’applications de la robotique sont en passe de bouleverser de nombreux métiers. 

Applications Areas Services Robots for Personal Uses

Applications Areas Services Robots for Personal Uses

Applications Areas Services Robots for Professional Uses

Applications Areas Services Robots for Professional Uses

L’investissement dans la robotique.

Selon Morningstar, les flux cumulés dans des fonds « robotique » ont atteint 1,12 milliard de dollars dans le monde. Ce succès reflète plusieurs tendances de fonds qui expliquent l’intérêt des sociétés de gestion. L’explosion des données en tous genres et de la puissance de calcul des ordinateurs, l’interconnexion croissante des objets (« IoT »), et l’innovation continue en matière d’algorithmes et de recherche scientifique ont permis l’émergence de technologies et de solutions automatiques capables de résoudre un nombre croissant de problèmes que jusqu’ici seuls l’homme pouvait traiter.

Le développement de la robotique et de l’IA au cœur de la quatrième révolution

Selon des prévisions de Tractica, spécialisée dans l’étude des marchés, le marché de l’intelligence artificielle devrait croître de 643,7 millions de dollars évalués sur 2016 à 36,8 milliards de dollars d’ici 2025. 

Au Japon, qui est l’un des pays ou les robots sont les mieux acceptés, le taux de chômage est au plus bas depuis 22 ans. Il est en effet tombé à 2,8 % en mars 2017. Malgré ce taux de chômage très faible, l’avis publié par le Nomura Research Institute conclut que 49 % des emplois présenteraient un haut risque d’automatisation au Japon.

Dans de nombreux pays en Europe et aux USA, il existe aujourd’hui un important débat pour savoir si robotique et IA seront en compétition avec les humains ou coexisteront. La montée en puissance de la robotique et des technologies IA suscitent des réactions contradictoires. Entre inquiétudes et optimismes, les réactions sont nombreuses.

Mais que disent les rapports ou études et peuvent-ils fournir des éléments de réponse au débat.

Transformations profondes, incertitudes sur les impacts de la robotisation et de l’IA sur l’emploi

La première étude sur l’incidence de la robotique «The Future of Employment: How susceptible are jobs to computerisation ?» publiée le 17 septembre 2013, avant l’enquête réalisée par le Forum Economique Mondial (WEF), par deux économistes de l’Université d’Oxford, prévoyait la disparition de 50 % des emplois aux Etats-Unis.

L’étude Roland Berger d’octobre 2014, qui analyse l’impact de la transformation digitale sur les classes moyennes prévoyait que :

« 42% des métiers présentaient une probabilité forte du fait de la numérisatio de l’économie. Pour la première fois, les métiers automatisables ne sont pas uniquement les métiers manuels. Des tâches intellectuelles de plus en plus nombreuses sont prises en charges par les outils numériques ».

« La hausse de la productivité liée à la numérisation de l’économie pourrait générer 30 mds€ de recettes publiques additionnelles et (environ) 30 mds€ d’investissements privés supplémentaires, à la condition que les pouvoirs publics engagent une stratégie volontariste d’adaptation de la France aux défis posés par la révolution digitale ».

L’enquête réalisée en janvier 2016 par le Forum économique mondial de Davos concernant les 15 premières économies mondiales dont la France, intitulée « The Future of Jobs », fait apparaître que la robotisation croissante, mais plus globalement l’intelligence artificielle et l’automatisation, auront un impact très négatif sur les marchés du travail.

Face aux études alarmistes, le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) en France évaluait à moins de 10% le nombre d’emplois directement menacés par l’automatisation. Cette analyse est basée sur une approche par tâches et non  par métiers.

France Stratégie dans sa note d’analyse « L’effet de l’automatisation sur l’emploi : ce qu’on sait et ce qu’on ignore » de juillet 2016 rappelait la forte influence de la première étude de 2013 et soulignait les biais de cette étude. En effet, nous vous invitons à prendre connaissance des travaux de l’équipe de recherche allemande ayant travaillé́ pour l’OCDE (Melanie Arntz et al.) et qui a pointé les limites de cette étude.

La conclusion principale des auteurs de l’étude pour l’OCDE est en effet « qu’il est peu probable que l’automatisation et la numérisation détruisent un grand nombre d’emplois. Cependant, les travailleurs peu qualifiés souffriront plus des coûts d’ajustement car leur emploi est davantage susceptible d’être automatisé que pour les travailleurs qualifiés. Ainsi, le défi futur consiste probablement à faire face à la croissance des inégalités et à veiller à former (ou former à nouveau) les travailleurs peu qualifiés ».

En juillet 2016, le Boston Consulting Group publiait son étude « Inside OPS: Are your operations ready for a digital revolution » en s’intéressant à la « Révolution Robotique » à l’horizon 2025. Cette étude a confirmé l’avis que certaines industries sont plus susceptibles de bénéficier de la robotique en raison des salaires élevés et des tâches automatisées.

Très récemment, The US National Bureau of Economic Research a publié fin mars 2017 son document de travail intitulé «Robots and Jobs: Evidence from US Labor Markets “ dans lequel des réponses concrètes sont apportées à beaucoup de questions qui font débats sur l’impact de la robotisation sur l’emploi.

Les deux économistes analyse l’effet de l’augmentation de l’utilisation du robot industriel entre 1990 et 2007 sur les marchés du travail local des États-Unis.

Selon la démarche d’analyse qui est la leur, ils en concluent que les robots peuvent réduire l’emploi et les salaires et que les effets locaux du marché du travail des robots peuvent être estimés en régressant la variation de l’emploi et des salaires sur l’exposition aux robots dans chaque marché du travail local. Selon leurs estimations, « un robot de plus par millier de travailleurs réduit le ratio d’emploi / population d’environ 0,18-0,34 points de pourcentage et les salaires de 0,25 à 0,50% ».

Organiser la gouvernance et penser la complémentarité humain – robotique – IA

Que retenir finalement de l’ensemble des rapports et études sur l’analyse des enjeux et des impacts de l’automatisation, de la robotisation et de l’IA sur l’emploi ?

En premier lieu, comme le relève France Stratégie dans sa note analyse n°49 « de juillet 2016, les emplois automatisables sont en nombre limités et l’automatisation de l’emploi ne se résume pas qu’à une question technologique.

Mentioned in Boston Consulting Group. Sources : US Bureau of Labor Statistics, « International Labor Compensation Coasts in Manufacturing Industries, 2012 ».

Il y a d’autres facteurs qui influencent le déploiement des robots et automates qui sont :

  • le mode d’organisation du travail,
  • l’acceptabilité́ sociale,
  • le positionnement en gamme,
  • la rentabilité́ économique.

L’autre raison pour laquelle il est difficile de prévoir les effets des progrès de l’automatisation et de la robotisation sur l’emploi est que l’automatisation ou la robotisation ne risque pas seulement de détruire des emplois, robotisation, automatisation et IA sont aussi susceptibles d’en créer.

Face aux inquiétudes qui surgissent sur les impacts de l’automatisation, la robotique et l’IA, il apparaît plus que jamais nécessaire de penser la complémentarité humain-robotique-IA.

Pour s’inscrire dans la pensée de la complémentarité, trois principes semblent se dégager pour parvenir à un déploiement harmonieux de la robotique et de l’intelligence artificielle :

  • premier principe directeur : veiller à ce que la robotique et l’IA soit toujours au service de l’humain ;
  • second principe directeur : identifier les modalités de complémentarités vertueuses entre l’humain et la robotique et l’IA afin de s’assurer que le déploiement de la robotique et de l’intelligence artificielle soit toujours réalisé en mettant en avant une démarche préalable d’évaluation des risques et de partage de valeurs entre la société civile et les acteurs de la chaine de valeurs. Cette approche devrait également permettre de mieux identifier les potentiels combinés pour l’humain du recours à la robotique et à l’IA mais aussi les limites ou obstacles ainsi que les conséquences qui en découleront pour l’humain. Ce second principe implique de s’interroger systématiquement sur la répartition des gains de productivité résultant du couplage automatisation, robotique et IA ;
  • troisième principe directeur : garantir l’acceptabilité sociale afin d’assurer une complémentarité entre l’humain,robotique et IA.

Face au développement du numérique, de la robotique et de l’intelligence artificielle, et aux transformations continu des métiers en profondeur, il apparaît que la formation individuelle tout au long du cycle de vie professionnelle sera déterminante afin de favoriser l’adaptation nécessaire de l’humain aux technologies de la robotique et de l’IA. Seule une formation individuelle tout au long du parcours professionnel permettra d’anticiper les mutations résultant du déploiement de ces technologies et de gérer le risque cognitif, qui devrait devenir un nouveau risque en entreprise dans les 5 prochaines années.

Si l’hypothèse d’une destruction massive d’emplois est loin d’être totalement avérée mais ne peut être totalement exclue, il faut se préparer à ce que la nature des emplois mutent sous l’influence de l’IA, de l’automatisation et de la robotique.  

Le couplage automatisation, robotique et IA va inconstestablement contribuer à supprimer les tâches les plus répétitives réalisées par l’humain et peut contribuer à une augmentation de l’humain dans ses activités domestiques et professionnelles, à la condition que l’humain garde toujours la maîtrise sur les technologies et puisse reprendre la main sur les technologies de la robotique et de l’IA.

Pour en savoir plus – For more information :

 Operations with New Robotic Process Automation Technology – Nomura Research Institute (NRI) Automates Post-trade

Robots and Jobs: Evidence from US Labor Markets, The National Bureau of Economic Research, USA – March, 2017

Inside OPS: Are your operations ready for a digital revolution – Boston Consulting Group. July, 2016.

L’effet de l’automatisation sur l’emploi : ce qu’on sait et ce qu’on ignore, Note d’analyse n°49, France Stratégie, Juillet 2016.

Arntz, M., T. Gregory et U. Zierahn  (2016), « The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries : A Comparative Analysis », OECD Social, Employment and Migration Working Papers, No. 189, Éditions OCDE, Paris.

The Future of Jobs, FEM (WEF 2017) – January, 2016.

Les classes moyennes face à la transformation digitale. Comment anticiper ? Comment accompagner ? Boston Consulting Group, Octobre 2014.

The Future of employment:How susceptible are jobs to computerization? Carl Benedikt Frey† and Michael A. Osborne‡ September 17, 2013.

 

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